Ces photos anciennes qui réveillent nos souvenirs

Histoire de photos oubliées...

Hélène et Mauricette à l'âge de 3 ans (1927).

Photo que vous pouvez retrouver dans la chambre Secret d'Alcôve.

Mathilde-Adolphine, grand-mère de ces deux jolies jumelles. Photo fin XVIIIe siècle.

Depuis mon enfance,  j'ai toujours été intriguée par les cadres photos qui ornaient les différents meubles de notre maison... Certains disparaissaient mystérieusement puis ré-apparaissaient selon nos visiteurs. Si l'identité de certains m'était familière, d'autres me laissaient perplexe... Les morts se mèlaient aux vivants et les vivants étaient difficilement identifiables pour la petite fille que j'étais car ils étaient d'une autre époque. Comment reconnaître derrière ce jeune couple souriant, mon oncle grincheux et ma triste tante ? Comment imaginer que mes parents puissent avoir été jeunes ? je pensais que nous avions toujours vécu ensemble, ces photos ne leurs ressemblaient guère...

 

La plus fascinante de mes sorties était la visite chez la "Tante Camet"... ne me demandait pas son prénom, je ne l'ai jamais su ou bien je l'ai oublié. On ne disait pas "notre" mais "la" tante Camet ! Cela renforçait le mystère et imposait le respect car le "la" lui conférait une place unique voire privilégiée. Elle habitait en haut du village dans une rue peu passagère, un petit portail donnait accès à son jardin, des pensées longeaient la maison et nous invitaient à pénétrer dans son univers. Après quelques pas, la porte s'ouvrait dégageant des arômes de violettes, de fleurs séchées , de vieux papiers qui se mêlaient à son propre parfum. Elle avait ce don de deviner les visites pour nous surprendre, toujours élégante dans sa tenue et son accueil, elle me fascinait !

J'adorais passer du temps dans son petit musée car tout été délicat, ordonné, même les photos respectaient des rangs bien précis sur la commode de sa chambre. Je ne posais jamais de question sur l'identité des personnages car cela aurait brisé le mystère... parfois je m'hasardais en cachette à soulever l'un d'entre eux pour voir s'il pouvait me parler et je n'avais aucune difficulté à le replacer car la poussière du temps avait posée ses marques. On la disait seule mais moi je la trouvais plutôt bien entourée !

Elle était frêle et forte à la fois, on ne pouvait pas lui donner d'âge, c'était juste une vieille Dame dont les années avaient marquées son visage et surtout son regard. Un oeil vif et curieux et l'autre figé dans le temps, inerte mais brillant comme une pierre précieuse, à l'image de ses bijoux autour de son cou qui faisaient d'elle une Reine ! Et oui, maintenant que j'y pense, elle portait bien son nom la tante "Camet", ce petit bijou, un peu oublié aujourd'hui, qui ornait les bagues et les broches des dames, un médaillon orné d'une pierre représentant souvent des scènes mythologiques ou des divinités.

Tiens, subitement la mémoire se précise, elle s'appelait "Madeleine" ! Décidément, il n'y a pas de hasard, c'est assurément ma "petite Madeleine de Proust" !

 

Voyez comment un souvenir peut nous transporter loin dans le temps... Je n'avais pas prévu cette petite anecdote, elle s'est échappée de ma mémoire comme par malice alors que je venais vous présenter la photographie de deux petites jumelles, qui tout au long de leur existence ont su transmettre avec simplicité et humour, les vrais valeurs de la vie : ma tante Hélène à gauche et ma maman Mauricette à droite. L'une espiègle et l'autre craintive. Cette photo de 1927 témoigne de la qualité des clichés de l'époque mais aussi d'un nouveau procédé expérimenté dès le milieu du XIXe siècle, la colorisation des photographies en noir et blanc ajoutant une note réaliste et artistique à l'oeuvre finale. Cette technique connut un vif succès auprès du public et se poursuivit jusqu'à l'apparition du kodachrome qui révolutionna alors le monde photographique.

Les techniques manuelles utilisées par les artistes et photographes (aquarelles, crayons, pastels, fusains...) étaient appliquées à la surface de l'image avec des pinceaux, les doigts, des aérographes... un vrai travail d'artiste ! Bel exemple avec la photo de mon arrière grand-mère retravaillée au fusain.

 

Aujourd'hui on trouve souvent de belles oeuvres dans les vide-greniers, posées à même le sol, l'intérêt du promeneur se porte parfois sur les cadres mais rarement sur ce personnage solennel, témoin d'une autre époque, figé dans son temps... espérant peut-être encore son heure de gloire.

 

La photo numérique s'est imposée, elle permet toutes les fantaisies, stocker, partager est un jeu d'enfant, détruire aussi d'ailleurs, plus de traces d'un passé parfois encombrant ou douloureux. Curieusement une révolution s'est faite aussi dans l'espace mortuaire, les incinérations rendent difficiles la mémoire familiale, mais là je vous l'accorde c'est une autre histoire....


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