La petite chaise

La petite chaise

Avant

Après

La petite chaise a retrouvé sa légitimité. Oubliée pendant quelques années dans le grenier, elle est descendue un matin bien décidée à rester dans la lumière.

Chargée d'émotions, de souvenirs, de secrets, cette petite chaise qui me relie à mon enfance semblait me dire "redonnes-moi ma beauté et tu sauras qui je suis..." alors sans réfléchir et guidée par l'instinct, j'ai entrepris sa cure de jouvence.

 

Elle semblait un peu honteuse de son apparence alors doucement je l'ai déshabillée de l'adhésif qui recouvrait son assise, j'ai poncé ses peines et ses douleurs pour qu'enfin elle retrouve sa transparence puis l'imaginaire s'est emparé du pinceau...

 

Je me souviens qu'enfant, j'avais fait d'elle ma complice, elle m'aidait à me hisser à hauteur des tiroirs de notre meuble de salle à manger et de là j'accédais à une vraie taverne d'Ali Baba. Fouiller quel bonheur ! Parfois le trésor était tout à fait banal mais avec elle je prenais de la hauteur...

Au moindre bruit, il me suffisait de glisser le long de son dos et simuler une quelconque lecture. Non pas que je n'aimais pas lire, bien au contraire, c'est d'ailleurs avec elle que j'ai dévoré toute la collection de la bibliothèque rose.

Si j'étais triste elle me consolait car elle au moins savait se mettre à mon niveau. Parfois nous entamions une danse-berceuse, un balancement à gauche, un balancement à droite... et quand le sommeil me taquinait, il arrivait que nous nous retrouvions toutes deux par terre, surprises de notre parfaite synchronisation.

Elle savait aussi se montrer généreuse et bien que disposant d'une seule place, elle accueillait ma grande soeur et moi-même sur ses genoux, avec elle la bonne humeur était de rigueur. Certains soirs elle se faisait câline pour prolonger ces instants en veillées nocturnes.

 

Puis les années sont passées et comme une mamie heureuse de voir la famille s'agrandir elle a porté nos enfants et peu à peu les générations vieillissantes que les courbures de l'âge avaient contraint à s'asseoir plus bas...

 

Aujourd'hui elle est toujours là, solide, ancrée sur ses quatre pieds témoignant d'un bel équilibre. Elle n'a rien perdu de sa mémoire malgré son grand âge et elle serait plutôt tendance avec son nouveau look !

Alors pour la remercier de toutes ces belles années avec nous, je lui dédie en médaillon cette photo qui a elle-seule porte toute l'histoire de notre famille.

 

"La petite chaise" a retrouvé son identité car c'est ainsi qu'on l'a toujours appelée et pourtant elle cachait sous elle la signature d'une grande fabrique qui au début du XXe siècle a fait la renommée de nombreuses pièces de mobilier... et oui la petite chaise est née BAUMANN *.

Une belle leçon d'humilité pour une chaise qui est bien plus qu'un simple mobilier !

 

Alors me direz-vous, où se trouve-t'elle maintenant dans cette grande maison ? Je vous laisse le soin de la trouver quand vous poserez vos valises à Pause Campagne...

 

* En 1901, Emile Baumann, d'origine Suisse, s'installe en France à Colombier-Fontaine et ouvre avec une petite équipe de techniciens une fabrique de chaises.  En 1903, son fils Walter Baumann prend la direction de la fabrique en et c'est avec une petite voiture pliable pour enfants appelée "charrette" qu'il fait la renommée de l'entreprise.

Suivra en 1908, l'ouverture dans une ancienne saboterie à Lougres, petite commune située à environ 3 kms de Colombier-Fontaine, une petite fabrique spécialisée dans la production de meubles pour enfants qui disparaîtra quelques années plus tard suite à un incendie.

Le succès du bois courbé conduira vite l'entreprise à augmenter sa gamme en proposant aux particuliers mais aussi les brasseries, hôtels, théâtres, hôpitaux... des chaises, porte-manteaux, rocking chairs, guéridons, etc..

Dès 1990, l'usine connaît des difficultés et sera rachetée à plusieurs reprises avant de fermer définitivement ses portes en décembre 2003, la commune de COLOMBIER-FONTAINE devient alors propriétaire des bâtiments.

Peut-être, un jour un Musée BAUMANN ?

 


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